Audit d’un acteur crypto : comment se déroule une mission de commissaire aux comptes

Certifier les comptes d'une société qui détient ou conserve des crypto-actifs repose sur les mêmes normes que pour toute autre entreprise. Ce qui change, ce sont les risques et les techniques pour y répondre. Voici, concrètement, comment se déroule une mission.

1. Comprendre le modèle et cartographier les flux

Tout commence par la compréhension de l'activité : la société détient-elle des crypto-actifs pour son propre compte, pour ses clients, ou les deux ? Quels services fournit-elle (conservation, échange, paiement, émission) ? Sur quelles blockchains, avec quels conservateurs, quelles plateformes ? Cette cartographie détermine les risques d'anomalies significatives et donc le programme de travail.

2. Évaluer le contrôle interne et l'informatique

Chez un acteur crypto, la gestion des clés privées est le premier risque. Le commissaire aux comptes examine qui peut signer les transactions, avec quels mécanismes de signature multiple, comment les accès sont attribués et retirés, comment sont sauvegardées les clés. Il s'intéresse aussi aux systèmes qui alimentent la comptabilité à partir des données de la blockchain.

3. Vérifier l'existence et la détention des actifs

Le solde comptable doit être rapproché des soldes on-chain, adresse par adresse, et des relevés des plateformes ou conservateurs tiers. Pour s'assurer que la société contrôle effectivement les adresses, l'auditeur demande une preuve de détention : signature d'un message, transaction de test, confirmation du conservateur. Les actifs prêtés ou engagés dans des protocoles font l'objet de travaux spécifiques.

4. Contrôler la valorisation et le classement

À partir des exercices ouverts en 2027, le règlement ANC 2026-01 impose de classer chaque crypto-actif selon les droits attachés et l'intention de l'entreprise, et d'évaluer à la valeur vénale ceux inscrits au compte 522. L'auditeur vérifie la documentation de cette intention, la source des cours retenus et la méthode de détermination du coût (premier entré, premier sorti ou coût moyen pondéré).

5. Vérifier l'exhaustivité des dettes envers les clients

Pour un prestataire, les crypto-actifs des clients doivent être correctement séparés et la dette correspondante exhaustive. C'est là qu'une méthode de proof of reserve rigoureuse rejoint les travaux d'audit.

6. Examiner les obligations réglementaires

Statut MiCA, obligations de lutte contre le blanchiment, déclarations DAC8 : sans se substituer au régulateur, le commissaire aux comptes doit s'assurer que les éventuels manquements ont été identifiés et correctement traduits dans les comptes (provisions, information en annexe, continuité d'exploitation).

Notre approche

Chez ALT Finance, les travaux sur les données de la blockchain sont réalisés avec ALT Nodes, notre outil interne. Cela nous permet de travailler directement sur les données on-chain plutôt que sur des extractions fournies par l'entité auditée.

Questions fréquentes

Faut-il un auditeur spécialisé pour certifier les comptes d'une société crypto ? Les normes sont les mêmes, mais la maîtrise des techniques de preuve on-chain est indispensable pour obtenir des éléments probants suffisants.

L'auditeur a-t-il accès à nos clés privées ? Non. La preuve de détention repose sur des signatures ou des transactions de test, jamais sur la communication des clés.

Sources

Précédent
Précédent

Détenir du bitcoin en trésorerie d’entreprise : comptabilité, fiscalité, risques

Suivant
Suivant

Proof of reserve : à quoi ça sert et comment un auditeur le vérifie